L'Arribère
L'origine du nom
Dans le premier volume de son ouvrage "Chronique du diocèse d'Oloron", publié en 1863, l'abbé Menjoulet signale qu'avant 1343 la région de Navarrenx s'appelait la Riparia. Le latin était encore à ce moment-là la langue officielle du Béarn, mais il était en cours de remplacement par le béarnais, dont le premier texte écrit connu est la "Charte des boucheries d'Orthez" datant de 1270.Le mot latin "Riparia" appliqué à notre région signifiait très exactement "ce qui est sur la rive" (ripa), en béarnais, l'arribère. Les dictionnaires béarnais donnent au mot "arribère" (accessoirement ribère) le sens premier de "plaine de rivière", mais aussi en second, de rivière.En ce qui nous concerne, et nous conformant au seul béarnais en usage en ce temps-là, nous avons gardé l'orthographe "Arribère", qui est encore actuelement la plus usitée, sinon la seule.
La topographie
Les premières circonscriptions administratives du Béarn étaient, comme les circonscriptions religieuses, héritées des découpages romains et les prérogatives des uns et des autres n'étaient pas toujours bien définies.
En vue de collecter l'impôt et les importants revenus de la justice, car les amendes alimentaient la caisse des vicomtes, ces derniers créèrent des districts bien délimités, les "begaraus", administrés par des "beguers" ou "vicaires", puis par des "bailes", d'où la traduction par "baillage".Dans son "Dictionnaire topographique du Béarn et du Pays Basque", édité en 1863, M. Paul Paymond, alors Conservateur des Archives des Basses-Pyrénées, donne la liste de 1343 des sept communes citées plus avant, ainsi que les vingt et une autres citées dans le dénombrement de 1385.
C'est cette même composition que nous trouvons dans l'ouvrage de Menjoulet cité en tête de cette page : "Cet archidiaconé de Navarrenx ou de la Rivière nous a été révélé par des registres des notaires de Navarrenx (Achives départementales des Pyrénées-Atlantiques, E 1599, 1602, 1604)".Les abbayes laïques
La vicomté de Béarn avait une conception propre de la nobilité : celle de la noblesse réelle, attachée à la possession d’une terre appelée « domenjadure », opposée à la noblesse par lignage du reste de la France.
Mais il existait des clivages au sein de cette noblesse : la classe des barons, réduite peu à peu aux 12 plus importants, celle des « cavers » ou seigneurs chevaliers, celle des domenjers, tandis que la moins importante était constituée par les « abbés laïques ».
La classe seigneuriale se renouvelait par la vente d’une domenjadure, soit par l’anoblissement des terres, décidé par le Vicomte.Pourquoi ce nom ?
Aux IXème et Xème siècles, période troublée avec les raids des Normands, des seigneurs laïques mirent la main, par spoliation ou non, sur de nombreux biens ecclésiastiques ; puis l’église voulut récupérer ces biens, et en particulier les « dîmes » qui étaient l’impôt ecclésiastique sur les récoltes.
Pour cela il y eut compensation, et c’est dans ce genre de transaction que se trouve l’origine des « abbés laïques ». Mais ce ne fut qu’au XVIème siècle, avec Jeanne d’Albret, que tous les possesseurs « d’abbadies » furent englobés dans la noblesse.Prérogatives
L’abbé laïque jouissait de deux prérogatives principales : le droit de percevoir la dîme du lieu et le droit de présenter le candidat de son choix à la cure vacante. En contre partie il devait donner une partie de son revenu au curé, à l’évêque ou à l’église.
Il avait également certains droits honorifiques : possession d’une chapelle avec droit de sépulture, place spéciale dans l’église, préséance pour les offrandes, processions et l’aspersion d’eau bénite.Les abbayes laïques de l’Arribère
Les abbayes laïques furent surtout nombreuses dans la moyenne vallée du Gave de Pau, entre Lons et Orthez et, surtout, dans la moyenne vallée du gave d’ Oloron de Goes à Sauveterre.
En 1385 il y avait 249 domenjadures et 49 abbayes laïques en Béarn.
Un exemple : l’Abbaye laïque de LayL’abbaye laïque de Lay était située près de l’église actuelle, le long du Layou. Des documents faisant référence à cet édifice attestent que le bâtiment a existé jusqu’à la fin du XVème siècle. Puis les dénombrements du début du XVIIème siècle ne mentionnent que des ruines. Peut-être fut-elle détruite, ainsi que l’église, à l’époque du siège de Navarrenx (1569).
La terre réputée noble était toute la zone comprise entre l’église et le Layou, c’est cette terre qui continua de recevoir le vocable d’«Abbaye laïque de Lay ». Comme beaucoup de fiefs nobles béarnais elle eut un nombre assez élevé de propriétaires :La 1ère famille connue qui en eut la possession (XIVème siècle), fut la famille de Navailles. En 1590 l’abbaye est vendue à Guillaume de Mesplès, seigneur de Susmiou puis d’Aren. Au début du XVIIème siècle, l’abbaye est la propriété de Jacques d’Abbadie, seigneur d’Oroignen, dont la femme est la fille de Guillaume de Mesplès.
La famille d’Abbadie d’Oroignen est une famille de parlementaires, elle occupe à plusieurs reprises la fonction de Président du Parlement de Navarre. En 1655, l’abbaye laïque de Lay et la Seigneurie d’Oroignen (Lay, Préchacq-Navarrenx, Oroignen) sont érigées en baronnie. Jeanne-Claude d’Oroignen, dernière descendante de la famille, et épouse du Marquis de Lons, en fait don à Arnaud de Hégoburu, noble du Pays de Soule, en 1729. Celui-ci la restitue à la famille d’Oroignen à sa mort.
L’abbaye est alors vendue à un nommé Jean d’Aleman, négociant de Bayonne et originaire de Cette-Eugun. En 1784, à sa mort, elle devient la propriété de Jean Etienne de Perré, écuyer et secrétaire du Roi. Ce fut le dernier propriétaire jusqu’à la révolution.